Semer à sa faim - conserver, s'adapter, recommencer
Publié le 20 avril 2026
Laetitia Chalandon

Semer à sa faim - préserver, s’adapter, recommencer
rencontre avec Eloïse Gastin Desserre
à écouter sur Radio Anthropocène et vos plateformes d'écoutes préférées !
Eloïse cultive en agroforesterie, des espèces endémiques. Elle produit du Kéfir, des lactofermentations, des coulis et des confitures. Quand je suis venue la voir sur son terrain pour préparer cette émission, nous étions en plein mois de novembre, les arbres étaient nus, son verger et ses serres en dormance. Elle me les présente comme de vieux amis et évoques la richesse des interdépendances et des équilibres qui y règne. En dégustant ses trésors, j’ai été saisie par la vie qui s’exprime à travers ce qu'elle transformes. Elle a une maîtrise pointue des saveurs et travaille avec finesse. Un mouvement intelligent et joyeux, relié avec respect à la diversité cultivée qu'elle préserve.
Eloïse s'est installée en 2017, en reprenant la ferme familiale de son mari. Située dans la vallée de la Durance, entre le massif du Luberon et le massif de la montagne Sainte-Victoire. La commune se situe dans les Bouches-du-Rhône, en limite du Vaucluse. Il y a 10 ans, elle reconverti la ferme en agriculture biologique et lui donne une dimension de préservation du patrimoine agricole local. Elle commence par designer son verger et fini par créer un lien fort et cohérent, de l'agriculture à la transformation.
Eloïse témoigne de son rapport à la terre et des adaptations et de l'agilité dont elle fait preuve, avec toujours en ligne de mire, un engagement pour nourrir sainement et émerveillement
Pour comprendre la notion de terroir, il faut se représenter l’adaptabilité de la plante à son environnement. Autant de terre, de climat, d’écosystème différent, autant d’adaptation. D’où l’émergence des variétés, aidée et reproduite par l’homme. A partir du XIX, puis en accélération au XXe, la compétence semencière et petit à petit retirée aux paysans et au cours des années 70 en France, l’agro-industrie s’approprie la filière. On a petit à petit priorisé une sélection tournée vers des contraintes économique et de distribution plutôt que de chercher à préserver des plantes qui puissent continuer à s’adapter. C’est un peu comme si on adaptait la chaussure à la forme de la boite plutôt qu’à celle du pied qui va la porter.
On parle souvent de biodiversité sauvage, moins de biodiversité cultivée. Pourtant, c’est un enjeu majeur Les chiffres diffèrent mais la réalité est saisissante rappelle la FAO dans un article du 20.11.2023 : nous nous sommes appuyés sur une poignée de cultures, comme le blé, le maïs et le riz, pour couvrir la majorité de nos besoins caloriques. Pourtant, il y a plus de 7 000 espèces végétales, peut-être même 30 000, qui sont considérées comme étant comestibles.
Ce patrimoine là est intéressant à plusieurs niveaux notamment par son adaptation à son terroir, avec toutes les problématiques que l'on voit émerger de plus en plus liées au changement climatique, ces variétés là oubliées, on un énorme intérêt de résilience et d'adaptation. Elles ont une portée émotionnelle et c'est ce que je défend beaucoup dans mon rapport à la nourriture : c'est tout ce que ça vient éveiller de nos souvenirs, de notre identité, parce qu'un terroir, il est également lié à nos souvenirs d'enfance, à ce qu'on est. Et sauver ces variétés là, c'est quelques part, faire un vrai travail de conservation du patrimoine et de nos identités.
Retrouvez l'archive diffusée en début d'émission dans son intégralité :
Archive Ina - Le verger conservatoire du Puycelci - 1989 - France 3 Région Midi Pyrénées
Extrait du reportage à la découverte du verger conservatoire de Puycelci, où sont cultivées des variétés de fruits anciennes. Un arboriculteur parle de toutes ces variétés et de la manière dont elles ont disparu.
________
Ensemble, construisons l'alimentation de demain 🫶🏻
Mâchon pas les mots est un média émergeant en accès libre et indépendant.
Nous avons fait le choix de ne pas dépendre de la publicité, pour vous permettre une expérience de lecture fluide et sereine, et afin de garantir notre ligne éditoriale.
Sur ce média, vous trouverez des témoignages et des portraits qui passent sous les radars, agrémentés d'une analyse de l'actualité et des grands enjeux de notre époque.
La participation est libre, mensuelle ou annuelle. Vous donnez en fonction de ce que vous pouvez. Sachez que :
Avec 300 personnes qui nous soutiennent à hauteur de 10€ par mois, nous pouvons assurer notre durabilité.
Avec 500 personnes, nous pouvons nous développer et proposer encore plus de contenus inspirants
REJOIGNEZ-NOUS ! 🎯
Vous ne pouvez ou ne souhaitez pas contribuer financièrement mais vous voulez quand même participer au rayonnement du média ?
Faites-nous connaître ! Partagez nos articles, notre newsletter... à des personnes qui y seront sensibles. Vous êtes nos meilleurs ambassadeurs et ça nous aide aussi beaucoup !